Le samedi 12 janvier 2008

Métier: perruquière

Les perruqes de Géraldine Courchesne sont montées cheveu par cheveu; des cheveux humains qu'elle fait venir d'Asie ou d'Europe. (Photo: Alain Roberge, La Presse)

 

Les perruques de Géraldine Courchesne sont montées cheveu par cheveu; des cheveux humains qu'elle fait venir d'Asie ou d'Europe.
Photo: Alain Roberge, La Presse

Linda Corbo

Le Nouvelliste

Trois-Rivières

 

Avant de devenir la perruquière du Bye Bye 2007 et, bien au-delà, l’une des deux précieuses et recherchées perruquières spécialisées dans le film et la télévision au Québec, Géraldine Courchesne était mieux connue sous son premier prénom, Diane.

 

 Mieux connue aussi comme coiffeuse et tout particulièrement dans les environs de Pierreville, son patelin.

Diane Géraldine Courchesne est celle-là même qui a opéré le salon de coiffure Peggy pendant 22 ans à Pierreville.

C’était avant que les gens du milieu artistique ne fassent appel à ses services en 1994, qu’elle ne déménage ses pénates à Montréal pour mieux répondre à la demande et qu’elle décide d’aller se recycler en Angleterre, rien de moins.

Déjà que le métier de perruquière est plutôt inusité, le parcours de Mme Courchesne rivalise d’originalité si l’on considère qu’en 1996, elle avait 49 ans lorsqu’elle a obtenu le plus haut grade de perruquière-posticheuse, à Farnham en Angleterre.

Ces dernières années, la dame a fabriqué les perruques, les barbes, les moustaches et les favoris de personnages pour bon nombre de films et séries québécoises. Cette année d’ailleurs, toutes les têtes de la famille Lavigueur profitent de ses services au petit écran, dans le moule des années 80.

«Dans cette série, les gars ont presque tous des extensions et des petites nuques», dit-elle.

La semaine dernière encore, elle a rencontré le comédien français Pierre Richard pour lui préparer une tête en fonction d’un film intitulé Le bonheur de Pierre, qui se tourne à Chicoutimi ces jours-ci.

Mais Géraldine Courchesne en a vu d’autres. La dame a confectionné la barbe que portera Roy Dupuis au grand écran cet automne dans The Timekeeper, prochain film de Louis Bélanger.

Tout comme elle a façonné les perruques, les barbes et les moustaches de la série René Lévesque en 2007; les têtes de certains personnages des Invincibles en 2006, du Négociateur en 2005, du Coeur a ses raison en 2004 ou du film Séraphin - Un homme et son péché en 2001.

Sa feuille de route est impressionnante. Disons que depuis 1994, on retrouve son nom aux génériques d’une grande partie des oeuvres majeures sur petits et grands écrans.

Or pour chacun, les perruques de Géraldine Courchesne sont montées cheveu par cheveu, des cheveux humains soit dit en passant, qu’elle fait venir de l’Asie ou de l’Europe.

Le tout forme des perruques faites sur mesure pour la tête de chaque comédien, si bien qu’on n’y verra rien, que ce soit sur grand écran, sur petit écran, et même à haute définition, note l’artiste.

Aujourd’hui, la dame habite l’Île des Soeurs. Après avoir parcouru de nombreux plateaux de tournage, elle préfère désormais se consacrer à son art dans le confort de son atelier, où elle fabrique ses têtes les plus diverses. «J’ai trop de travail et les plateaux de tournage, c’est beaucoup d’heures...»

Ceci dit pour le Bye Bye 2007, elle a fait exception en allant travailler en studio, à la demande de son ami Jean Bégin. «C’est pas mal lui qui m’a convaincue», sourit-elle. «Et j’ai accepté aussi parce que c’était sur une période de trois semaines seulement. Mais trois semaines très intenses...»

 

Le Bye Bye, du travail sans filet

 

Géraldine Courchesne compare le Bye Bye à un «travail sans filet». «On n’a pas d’essayage. Habituellement, je fais chaque perruque sur mesure mais là, on fonctionne plus par ajustements de dernière minute. Il faut se débrouiller rapidement et que ça se ressemble...»

Comme Jean Bégin, Mme Courchesne travaille à l’aide des photographies et des DVD que les recherchistes de Radio-Canada lui fournissent. Or pour chaque personnage à concocter, le défi est beau.

«Faire un personnage homme est un peu plus difficile. Avec une femme, il y a plus de cheveux pour camoufler.» Et dans le genre féminin, elle s’en est d’ailleurs donné à coeur joie avec notre diva québécoise.

«Pour faire Céline Dion, Guy A. Lepage avait trois perruques une par-dessus l’autre. Ça faisait une tête assez imposante.»

Par chance, les quatre hommes de RBO sont des êtres tout à fait patients, et pas difficiles du tout, note la perruquière. «Ils sont très faciles à travailler. Heureusement parce qu’on les a souvent trois à quatre heures sur une chaise.»

La perruque est déposée sur la tête du comédien à peu près à la moitié du travail, pour visualiser le tout seulement, avant de peaufiner et repeaufiner.

La perruquière s’est amusée particulièrement à les transformer en femmes et dans cette avenue, les parodies de Loft Story et d’Occupation Double lui ont donné amplement matière à s’amuser cette année. «On a ri beaucoup. On les regardait et c’était inimaginable...»

Bref, les résultats ont été concluants. Mais aussi bien du côté du maquilleur Jean Bégin que de Géraldine Courchesne, on a tout de même été étonnés de constater que leur travail a été remarqué autant.

«On a eu beaucoup, beaucoup de réactions, et rien de négatif. Même de la part des journalistes....» appuie Mme Courchesne.

Pour juger le tout par elle-même, elle a évidemment écouté le Bye Bye au soir du 31 décembre, mais elle compte bien le visionner de nouveau dans les prochains jours.

«La première fois qu’on regarde une émission ou un film, on ne voit pratiquement pas autre chose que les têtes. J’aimerais bien écouter ce que les gars disaient aussi...» sourit-elle.•